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Statut & rémunération

J’ai comparé portage salarial et SASU sur 3 ans de missions — les 7 chiffres qui m’ont fait changer de statut

Consultante indépendante analysant une simulation de rémunération sur deux statuts juridiques
Panos Petropoulos

Panos Petropoulos

Expert développement web

4 août 2026 · 13 min de lecture

💡 TL;DR — L’essentiel en 30 secondes

  • • Le point de bascule se situe autour de 480 à 520 € de TJM sur une activité pleine. En dessous, le portage reste souvent gagnant.
  • • Le taux de frais de gestion affiché n’est pas le coût réel : les cotisations patronales pèsent bien plus lourd dans le prélèvement total.
  • • La couverture chômage du portage a une valeur chiffrable. La traiter comme un détail fausse toute la comparaison.
  • • Le chiffre qui m’a décidée n’est pas le net mensuel, c’est le coût des mois non facturés.

Pendant trois ans, j’ai facturé mes missions via une société de portage salarial. Je trouvais le calcul évident : je payais des frais de gestion, en échange j’avais une fiche de paie, une couverture chômage et zéro administratif. Le raisonnement tenait jusqu’au jour où j’ai fait le calcul complet, sur une année entière, avec les vrais chiffres plutôt qu’avec le simulateur du site de portage.

Je suis passée en SASU l’année suivante. Non parce que le portage est un mauvais produit — il ne l’est pas — mais parce que mon TJM avait franchi un seuil que personne ne m’avait indiqué. Voici les sept chiffres à poser avant de choisir, et l’ordre dans lequel les regarder.

Précision utile : ce qui suit est un retour d’expérience chiffré, pas un conseil fiscal. Les taux de cotisation et les règles d’assurance chômage évoluent — validez votre cas précis avec un expert-comptable avant de trancher.

Chiffre 1 — Le net réellement perçu, pas le net affiché

Toutes les simulations de portage partent du chiffre d’affaires hors taxes et aboutissent à un « net avant impôt ». C’est le bon indicateur, à condition de comparer la même chose des deux côtés. L’erreur classique consiste à comparer le net salarié du portage avec le résultat d’une SASU, qui n’est pas encore de l’argent dans votre poche.

Reconstituez les deux chaînes complètes. Côté portage : CA HT, moins frais de gestion, moins cotisations patronales, moins cotisations salariales, égale net avant impôt. Côté SASU : CA HT, moins frais de fonctionnement, moins rémunération et cotisations associées, moins impôt sur les sociétés sur le solde, moins prélèvements sur dividendes, égale net avant impôt sur le revenu.

Sur mon année de référence — 198 jours facturés à 610 € de TJM, soit environ 120 800 € de CA HT — l’écart de net avant impôt entre les deux montages atteignait un peu plus de 7 000 € en faveur de la société. C’est significatif, mais ce n’est pas encore un argument suffisant, comme le montre le chiffre 3.

Chiffre 2 — Le coût de gestion réel, frais annexes compris

Le taux affiché par les sociétés de portage se situe généralement entre 5 et 10 % du CA HT, parfois dégressif. Ce taux ne couvre que la prestation de gestion. Ce qui s’y ajoute et qu’on découvre souvent après signature :

  • l’assurance responsabilité civile professionnelle, parfois refacturée à part ;
  • des frais de mise en place ou d’ouverture de dossier ;
  • une commission appliquée aux frais professionnels que vous refacturez au client ;
  • un plancher de facturation mensuel, qui vous coûte même sur un mois sans mission.

Côté SASU, la symétrie du raisonnement impose de compter l’expert-comptable (1 200 à 2 400 € par an pour une structure simple), la cotisation foncière des entreprises, la responsabilité civile professionnelle, et le temps que vous passez vous-même en administratif. Ce dernier poste est le plus sous-estimé : comptez une demi-journée par mois une fois le rythme pris, davantage la première année.

Chiffre 3 — La valeur de la couverture chômage

C’est le chiffre qui rend la comparaison honnête, et celui que les contenus favorables à la SASU escamotent le plus souvent. En portage, vous êtes salarié : vous cotisez à l’assurance chômage et pouvez ouvrir des droits à la fin de votre contrat de mission. En SASU, le président assimilé salarié ne cotise pas à l’assurance chômage et n’ouvre aucun droit.

Pour chiffrer cette différence sans se raconter d’histoires, posez la question à l’envers : combien vous coûterait une interruption d’activité de trois mois ? Si votre train de vie mensuel est de 3 200 €, l’exposition est d’environ 9 600 € — un montant du même ordre que l’écart de net calculé au chiffre 1. Autrement dit, à 610 € de TJM, le gain de la SASU finance à peu près le risque qu’elle vous fait porter, et le choix devient une question de tempérament et de visibilité commerciale plutôt que d’arithmétique.

Vous hésitez encore entre les deux statuts ?

Nos consultants accompagnent des développeurs indépendants sur ce choix depuis 2019. Une conversation de 30 minutes vaut mieux qu’un simulateur en ligne calibré pour vendre.

Discutons de votre situation

Chiffre 4 — Le coût des mois non facturés

Voici le chiffre qui a réellement emporté ma décision, et il n’apparaît dans aucune simulation. Un indépendant ne facture pas douze mois sur douze. Entre deux missions, en congés, en formation, en avant-vente : mon taux d’occupation réel sur trois ans a été de 78 %, soit environ 175 jours facturés par an et non les 220 théoriques.

Ce taux change tout, parce que les deux statuts encaissent différemment un mois creux. En portage, un mois sans facturation peut déclencher un plancher de frais, et votre rémunération dépend directement de ce que vous avez facturé. En SASU, vous pilotez votre rémunération : vous pouvez lisser sur l’année, conserver de la trésorerie dans la société les bons mois, et vous verser moins les mauvais.

Cette capacité de lissage a une valeur opérationnelle réelle quand l’activité est irrégulière. Si vos missions s’enchaînent sans trou, elle ne vaut presque rien. Regardez votre historique réel des 24 derniers mois avant de trancher — pas votre projection optimiste.

Chiffre 5 — Le seuil de bascule, calculé sur votre TJM

En consolidant les chiffres 1 à 4 sur plusieurs profils, le point d’équilibre se situe autour de 480 à 520 € de TJM pour une activité pleine. En dessous, les frais fixes de la société pèsent proportionnellement trop lourd et le portage garde l’avantage, protection sociale comprise. Au-dessus, l’écart se creuse vite : à 600 € de TJM, il représente couramment 4 000 à 9 000 € par an selon la situation familiale.

Deux nuances importantes. D’abord, ce seuil monte si votre activité est irrégulière — un taux d’occupation de 60 % peut le repousser au-delà de 600 €. Ensuite, il descend si vous avez un conjoint qui vous couvre socialement, ce qui réduit mécaniquement la valeur de la protection chômage.

Chiffre 6 — Le coût de sortie de votre convention de portage

Avant de basculer, relisez votre convention. Deux clauses méritent une attention particulière : la clause de non-concurrence et la clause de reprise de clientèle. La seconde encadre votre capacité à poursuivre en direct avec un client que la société de portage vous a apporté — et sa durée peut atteindre douze à vingt-quatre mois.

Si votre mission principale vient d’un apport de la société de portage, votre bascule peut vous coûter ce client. Si vous avez apporté vos clients vous-même, ce qui est le cas de la majorité des développeurs expérimentés, la clause est généralement sans effet. Vérifiez-le noir sur blanc avant de donner votre préavis.

Chiffre 7 — Le temps réel que vous récupérez ou perdez

Le dernier chiffre est en heures. La promesse du portage est le zéro administratif ; la réalité est un administratif réduit, pas nul — vous saisissez toujours vos comptes rendus d’activité, vos notes de frais et vos contrats.

En SASU accompagnée d’un expert-comptable, mon temps administratif s’est stabilisé autour de 4 à 5 heures par mois : rapprochement bancaire, facturation, suivi de trésorerie, échanges comptables. À 610 € de TJM, cinq heures représentent environ 380 € de temps de production. Sur l’année, c’est un coût implicite d’à peu près 4 500 € — à retrancher de l’écart calculé au chiffre 1.

C’est en posant ce dernier chiffre que la décision cesse d’être idéologique. La question n’est pas « quel statut est le meilleur », mais « à mon TJM, avec mon taux d’occupation et mon aversion au risque, lequel me laisse le plus de valeur nette ». Pour dimensionner correctement vos missions et votre positionnement en amont, notre série de guides pratiques couvre la partie commerciale du métier.

Récapitulatif chiffré

CritèrePortage salarialSASU
Net avant impôt (198 j à 610 €)Référence+ ~7 000 €/an
Assurance chômageCotise, ouvre des droitsAucun droit
Lissage des mois creuxFaibleÉlevé
Temps administratif1 à 2 h/mois4 à 5 h/mois
TJM à partir duquel c’est rentable< 480 €> 520 €

Questions fréquentes

À partir de quel TJM le portage devient-il moins intéressant qu’une SASU ?

Autour de 480 à 520 € pour une activité pleine (200 à 210 jours facturés). En dessous, les frais fixes d’une société pèsent proportionnellement plus lourd. Au-dessus, l’écart se creuse rapidement — 4 000 à 9 000 € par an à 600 € de TJM. Ce seuil bouge selon votre situation familiale et votre besoin réel de couverture chômage.

Les frais de gestion annoncés sont-ils le coût réel ?

Non. Le taux affiché ne couvre que la prestation de gestion ; les cotisations patronales représentent la part la plus lourde du prélèvement. S’y ajoutent parfois la responsabilité civile professionnelle, des frais de mise en place et une commission sur les frais refacturés. Exigez une simulation écrite sur votre TJM réel.

Peut-on toucher le chômage après une mission en portage ?

Oui : le porté est salarié, cotise à l’assurance chômage et peut ouvrir des droits sous réserve des conditions d’affiliation en vigueur. C’est la différence structurelle avec le président de SASU, qui ne cotise pas et n’ouvre aucun droit.

Peut-on changer de statut en cours d’année ?

Oui. Le point d’attention est contractuel plutôt que fiscal : vérifiez les clauses de non-concurrence et de reprise de clientèle de votre convention de portage avant de donner votre préavis.

Pour aller plus loin

Si votre activité vous amène à traiter des données clients ou à intervenir sur des systèmes en production, deux sujets connexes méritent d’être cadrés dès le choix du statut : votre responsabilité contractuelle et votre couverture assurantielle. Les équipes de WebGuard Agency documentent le volet sécurité et conformité côté prestataire, et Plug-Tech traite le cadrage des missions d’intégration IA, où la question du statut se pose souvent en même temps que celle de la responsabilité produit.

Lancez-vous avec les bons chiffres

Reprenez vos 24 derniers mois, calculez votre taux d’occupation réel, puis appliquez le seuil du chiffre 5. Si vous voulez un regard extérieur sur le résultat, nous sommes là.

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Publié le 4 août 2026 · d-open.org — marketplace de développeurs indépendants